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bateau à quai, géant sans passerelle, est immobilisé.
Le cœur incertain, dans l'attente du départ, nous errons, pendant
huit longues journées, sur les docks. Je joue au soldat, et frappe
le sol d'un pas martial. Ma grand-mère se désole - mon Dieu ! Mes
pauvres petits ! - Je l'interroge du regard, où allons-nous donc
? Elle reste silencieuse.
- J'en déduis que c'est au pays des démons. -
En Cochinchine, me répond avec gentillesse ma mère pour me sortir
de cette impasse. L'ombre involontaire d'un questionnement a effleuré
ma conscience naissante. Est-ce dangereux ? Nous sommes enfin autorisés
à monter sur le bateau. Des militaires nous entourent. Tenue presque
en laisse, une femme me tire par la main.
C'est la cohue. L'embarquement organisé par l'armée est une vraie
pagaille ! Ils se disputent des ordres contradictoires. Quelqu'un
me marche sur le pied. Ma mère suit et porte mon jeune frère dans
ses bras.
Nous sommes orientés vers un vaste dortoir à Soldats. Tout en bas,
dans la cale, quarante couchettes,
sont spécialement réservées aux femmes et aux enfants. Les bébés
crient, les enfants courent. Désordre, panique et agitation.
Les enfants doivent dormir dans des hamacs ! est quoi la guerre
?
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